Joker : L’épopée malaisante d’un clown en enfer (Critique sans Spoiler)

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Joker, signé Todd Phillips.

Si vous connaissez sa filmo en tant que réalisateur, vous avez de quoi être surpris. D’un côté vous avez de francs succès commerciaux au goût, disons, discutable (La Trilogie Very Bad Trip / The Hangover, Date Limite, Starsky et Hutch ou encore Retour à la Fac). De l’autre vous avez l’un des vilains les plus sombre et des plus malaisant du monde du Comics.

Et pourtant. Todd Philips nous sort ici un film (que dis-je, une oeuvre !!!) qui va sans aucun doute mettre une claque à tous ses spectateurs et au box office.

Voici une double critique sans spoiler d’une grande réussite d’adaptation de l’univers de DC Comics qui débarque dans les salles françaises ce mercredi 9 octobre 2019.

Affiche du film JOKER

L’Avis de Stef :

Une ambiance comme nulle autre

Soyez en sûr et certain, vous êtes dans un DC Comics. Non, non, pas les derniers, là. Définitivement pas ceux-là.

Je vous parle des DC Comics sombres, froids, dans une Gotham dégueulasse. Vous êtes, à mon humble avis, dans l’une des meilleures adaptations de l’univers de Gotham City sur grand écran. Avec sa grève des éboueurs qui rend la ville nauséabonde, sa pauvreté omniprésente et sa violence gratuite qui vous frappera dès la scène d’ouverture, Gotham vous emmène dans un univers fictif que vous avez pourtant l’impression de connaitre par cœur.

D’un point de vue de l’esthétique, Joker fascine! La photographie est superbe et Todd Philips vous alterne plan larges et gros plans intimistes qui vous donnerons l’impression de suivre un personnage de plus en plus perdu au milieu d’un monde beaucoup trop grand pour être humain. Mais je reviendrai sur point plus loin.

Les images sont brutes, les couleurs n’ont rien de criardes, tandis que les plans mettent en valeur un Arthur Fleck (Joaquin Phoenix) décomposé, fragile (quand vous aurez vu le film, repensez à la scène de la chaussure!). Toute cette photographique absolument magnifique est accompagnée d’une musique d’ambiance incroyable qui n’en fera jamais trop. Mais qui vous accompagnera dans l’ambiance malaisante de cette longue descente aux enfers.

Malaisante. C’est le mot. Mais bizarrement pas comme vous le croyez.

Un personnage plus humain que vous

C’est ce qui frappera le plus le spectateur au regard de ce film : Arthur Fleck, se transformant en Joker est-il réellement le méchant de cette histoire ?

Rien n’est moins sûr.

Arthur Fleck est donc un homme invisible aux yeux de la société. Atteint d’une maladie mentale, vivant avec sa mère dans un appartement qui sent la clope et la vieillesse abandonnée, il travaille comme clown de rue dans une ville où l’humour a foutu le camp avec la bienveillance.

Cette ville, vous la connaissez, c’est New York, c’est Paris, c’est toutes ces villes qui, petit à petit, vous font perdre foi en l’humanité. J’exagère, allez vous me dire. Peut être, et pourtant. Bien que cette Gotham pousse le trait à la caricature, vous serez surpris de voir que nous n’en sommes plus si loin.

Peuplée d’incivilités, d’agressions, de sexisme, et de tout ce que l’humain à de plus détestable, je vous le disais plus haut, vous êtes vraiment dans l’esprit original du comics. Et c’est finalement l’expérience sociologique suivante que ce film essaye de vous montrer : Que se passe-t-il quand on jette être humain fragile dans une société privée de tout sentiment de bienveillance ?

Vous vous retrouverez avec un personnage qui ne comprend pas ce qui lui arrive mais dont la colère l’emporte sur son empathie. Campé par un Joaquin Phoenix incroyable, que l’on croirait aussi malade qu’un Christian Bale dans The Machinist,  Arthur est quelqu’un que vous avez tous croisé au moins une fois dans votre vie. Vous êtes devant un homme, foncièrement bon mais incapable de s’adapter, qui va se trouver heurté de plein fouet par la méchanceté humaine, par la bêtise, par la peur, par la manipulation et qui n’aura pourtant qu’un seul rêve : devenir humoriste et faire rire les gens.

Et donc la malaisance dont je parlais plus haut, ne vient finalement pas tant que ça du personnage principal, mais de ce que la société lui fait subir. Et alors, vous vous mettez à craindre. A craindre sa réaction, parce que vous l’avez déjà ressentie au moins une fois dans votre vie et que vous savez que lui, n’a pas les même retenues que vous…

Un scénario original d’une Origin Story vue et revue

Vous l’aurez peut être remarqué, j’ai très peu utilisé le terme de Joker jusque là. Et c’est normal. Nous sommes ici en présence d’un vrai film de type Origin Story où on ne vous raconte pas qui est le Joker, on vous raconte qui est Arthur Fleck, cet homme qui va sombrer.

Le scénario rappellera peut être, aux plus connaisseurs de Batman, l’histoire narrée dans l’excellent comic Killing Joke (écrit par Alan Moore et dessiné par Brian Bolland) mais ne vous y trompez pas : Vous ne connaissez pas cette histoire d’avance.

Véritable exercice de style, l’histoire que vous allez vivre dans cette salle obscure, et qui vous surprendra à quelque reprises, est une pépite. Vous croiserez des personnages que vous connaissez qui vont venir distiller juste ce qu’il faut de leur contexte pour venir créer une apothéose d’une noirceur jouissive.

Mais Alexis a encore bien des choses à vous dire !

L’avis d’Alexis :

Joker, un film violent, et très dans l’air du temps

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Gotham City. Jusqu’aux racines de la ville. Un climat de tensions, de violence sous-jacente. La population n’en peut plus des inégalités sociales entre les différentes classes, et peu à peu, une haine anti-riche prend forme chez les précaires de cette ville des années 80, où Thomas Wayne est un industriel véreux.

La mère d’Arthur Fleck, Penny Fleck, qui a travaillé de nombreuses années pour la riche famille Wayne, s’accroche encore désespérément à l’espoir que le papa de Batman les sortent de cette situation intenable. Car au-delà de la misère sociale qui hante chaque plan du film, Joker amène un éclairage un peu sale, des couleurs désaturées. Tout crie et sent le désespoir : Arthur vit chez sa mère, dans un appart pourri, a un boulot pourri, une vie pourrie… Très peu de choses lui font oublier ses conditions misérables.

Dès la première scène, on voit Arthur comme une personne brisée mentalement et physiquement. Son apparence est affligeante: émacié à en voir sa cage thoracique, menu, pâle comme un mort, disgracieux dans sa façon de se mouvoir, le Joker en devenir est déjà une parodie de ce à quoi il aspire, et pourtant il se bat, il se débat à travers les épreuves que la vie lui met sur la route.

La pire épreuve peut-être ? Son handicap. Car Mr. Arthur Fleck souffre de rire prodromique. C’est-à-dire qu’il peut éclater de rire dans n’importe quelle situation, sans aucun contrôle. Et ça…ça le fout dans la merde dans de nombreuses situations, qui seront une des clés de sa transformation.

Au final, Joker, c’est l’histoire d’un mec qui n’est pas fait pour s’intégrer dans la société qui l’a vu naître. Il se bat contre cette situation mais c’est comme essayer d’échapper à une tornade en courant. Il ne demande rien à personne, mais finit par exploser, se fait aspirer dans ladite tornade et abandonne peu à peu ses espoirs, ses idéaux, ses valeurs, et son humanité. Pour enfin se trouver, et accomplir une destinée qui se déroule comme un tapis rouge dans un asile.

Phoenix Rises

L’élément du film qui donne à Joker son impact, sa violence, c’est bien évidemment l’acteur Joaquin Phoenix. L’excellent comédien nous offre ici une déconstruction/renaissance d’un personnage emblématique. Arthur Fleck est très malaisant, mais il est tellement misérable qu’on finit par s’apitoyer sur son sort. Malgré ses méfaits, sa perte progressive de la réalité, le personnage reste humain, et à contrario de tout ce qu’on a pu voir sur les 10 dernières années de film de super héros, la caméra n’est pas tournée vers le sol, mais reste à une hauteur de torse. L’immersion que permet cette façon de tourner rend le film très intime, suivre un nobody qui devient, sans l’avoir demandé, le leader d’un mouvement social contestataire est une expérience assez rare dans le cinéma moderne.

Outre la gestuelle d’un clown raté, disgracieux dans sa fonction-même, Phoenix apporte toute une palette d’expressions à ce personnage maladif (qui m’a beaucoup fait penser à Gollum, dans un sens). Son rire est effrayant, même si lui en soi ne parait pas menaçant. Le voir rire, et en même temps afficher une souffrance indicible (au point d’essayer de s’étrangler pour arrêter) est impressionnant. On sent l’ambivalence du personnage, comme si le rire était, au fond, l’alter-ego du Joker qui parle à travers son mal-être.
C’est, dans tous les cas, une performance magistrale qui amène un personnage humain, anarchiste, instable, et au final…très fidèle à l’idée même du Joker. Bravo Joaquin Phoenix !

En conclusion

Difficile dans cet article sans spoiler de venir parler de toute la profondeur de ce film en ne vous parlant pas de telle scène, ou de celle-ci.

Mais ce qu’il faut retenir est que nous avons ici un hommage magistral à une oeuvre qui a débuté il y a 80 ans et dont les personnages, les histoires ou les origines continuent toujours de nous passionner aujourd’hui. Véritable retour à l’ambiance du polar noir et viscéralement malaisant, aux personnages torturés car terriblement humains dans leurs qualités comme dans leurs défauts, ce Joker est un incontournable de cette année.

S’il vous plait, faites que The Batman soit dans la même veine et on aura le retour d’un duo mythique qu’on souhaite revenir au plus haut depuis maintenant 11 ans, depuis The Dark Knight.

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