Pourquoi faut-il se donner la peine d’aller voir Dumbo ?

Ce mercredi 27 Mars, Dumbo prend à nouveau son envol sur les grands écrans de nos salles obscures. Nous avons pu le découvrir en avant première lundi 18 Mars au grand Rex, en présence de Tim Burton et Eva Green. Je vous explique, sans spoiler, pourquoi je pense qu’il mérite d’être vu.

La mode du “Live Action Remake”

La sortie de ce Dumbo va nous permettre, vu que nous sommes quand même sur un blog technologique, de nous attarder quelques minutes sur ce format qu’est le Live Action.

Un pari risqué

Avant toute chose, il faut savoir que je ne suis pas un grand aficionado du principe même du remake. À la limite, refaire un film qui n’a pas marché pour faire mieux, je peux comprendre. Autant, le pari que fait Disney ces dernière années de refaire ses chefs d’oeuvre au risque de se prendre de sérieuses déconvenues (je pense bien sûr à La Belle et la Bête) est très clairement  risqué.

“- On est pas dans un article sur Dumbo ? – Si, mais l’auteur a un gros crush sur moi !”

Il faut comprendre que, à mes yeux, refaire un dessin animé en film “Live Action” est un tantinet une hérésie. Le principe même de l’animation est de pouvoir créer ce qui n’existe pas, ou de déformer ce qui existe “dans la vraie vie”. C’est ainsi que la souris la plus connue du monde, Mickey, a pu prendre vie, mais c’est aussi pour cette raison que les personnages humains de Disney ne sont jamais fidèlement retranscrits. Corps allongé, grandes oreilles, tout petit nez, selon son rôle, le personnage aura quasiment toujours un physique caricatural associé.

Une mode à ne pas mettre à toutes les sauces

Dans un film dit Live Action, même si la technologie actuelle des effets spéciaux permet une liberté quasi totale sur le design des personnages, il y a deux choses majeures à prendre en compte.

La première c’est de ne pas chercher à faire d’un personnage virtuel un personnage trop réel. Car dans ce cas, c’est le regard du spectateur qui va finalement être le limitant sur ce qu’il est possible ou non de faire. En effet, plus la forme que nous voyons devant nous ressemble à un être humain, plus notre cerveau nous en fait ressortir les imperfections. C’est un problème fréquemment rencontré, notamment en robotique, où les robots humanoïdes ayant un visage trop proche de l’être humain nous paraissent finalement bien moins humains qu’un Wall-E.

Je suis une présentatrice de JT androide, et je fais flipper
Et moi je n’ai pas de nez, ni de bouche, ni de visage, mais je suis 1000x plus mignon et expressif !

 

La deuxième chose à prendre en compte, c’est l’intérêt du format live action. Dit autrement, qu’est ce que j’ai à gagner à faire en plus réaliste une histoire qui a été fondamentalement conçue pour ne pas l’être ?

Ma théorie du Live Action

Prenant ces deux éléments en compte, j’ai l’intime conviction (et cela n’engage que moi), que le remake live action n’a finalement d’intérêt d’exister que pour nous en mettre visuellement plein la vue, puisque par définition, nous connaissons déjà tous l’histoire. Et que c’est pour cela que les films avec le moins d’humains sont donc presque paradoxalement de bien meilleurs candidats aux remakes live action que les autres. C’est ce qui, selon moi, a fait toute la différence entre la réussite du remake de Mowgli où la majorité des personnages sont des animaux et l’échec de celui de la Belle et la Bête, où les personnages humains sont finalement bien moins attachants que leur modèles animés, qui ont un character design étudié pour être attachants. Seule exception au tableau, le remake de Tintin par Spielberg… justement parce que les personnages n’étaient pas humainement photoréalistes, mais au contraire très proches du design de la BD.

Maintenant que vous avez mon avis sur la question, je vous laisse deviner l’état d’esprit que j’avais à l’idée de voir un remake d’un Dumbo avec une majorité d’humains.

Et pourtant …

Un univers presque à la Tim Burton

Ce lundi soir sur les planches du Grand Rex, c’est donc un Tim Burton tenant encore moins en place que sa coupe de cheveux qui est venu en personne nous expliquer pourquoi il avait accepté de réaliser ce Dumbo. Presque sans surprise, la première raison que le réalisateur nous donne est son envie de raconter l’histoire d’un personnage qui porte en lui sa différence. Les exclus de notre société ont toujours été une base solide de sa filmographie. Et clairement Dumbo, et les freaks du cirque qui l’accueillent, ne déroge pas à la règle.

Pas une copie conforme

Contrairement à tous les autres remakes live action du moment, le scénario de ce Dumbo est complètement remanié. Attention je ne suis pas en train de dire que vous n’allez rien retrouver, bien au contraire. Vous allez presque tout retrouver mais vous allez trouver infiniment plus. Rassurez vous, vous retrouverez même un petit clin d’oeil à notre cigogne adorée.

Et quelque part, il était évidement nécessaire de remanier le scénario pour faire se rencontrer l’univers sombre et cynique de Tim Burton à celui, léger et presque édulcoré, des Disney modernes. Ce Dumbo sera donc plus sombre, avec des personnages humains plus tristes et écorchés, au sens figuré comme au sens propre.

Mention spéciale au personnage de Colin Farrell rentrant de la guerre pour retrouver ses enfants au sein de cette troupe de cirque sur le déclin. Père pas terrible bien qu’aimant, toute l’intrigue tournant autour de la relation avec ses enfants orphelins de leur mère est finalement tout aussi intéressante que celle de notre éléphanteau préféré. Il ne serait pas étonnant qu’on le retrouve à nouveau aux côtés de Tim Burton.

Visuellement incroyable

Comme dans tout Burton qui se respecte, tout l’univers visuel est à couper le souffle. C’est simple, le film est d’une beauté non pas constante mais croissante. Rien que sur ce premier point, le spectacle mérite d’être vu. Les couleurs sont poétiques, l’univers est suffisamment triste pour nous toucher mais assez heureux pour nous donner l’espoir et l’envie de le parcourir avec ces personnages finalement bien assez caricaturaux en eux même pour être les héritiers du dessin animé.

Un univers visuellement incroyable

Cependant nous sommes ici bel et bien dans un Disney. Et c’est peut être ici que le film pourrait diviser.

Les grands fans de Disney verront un film trop sombre. Les grands fans de Tim Burton verront un film trop édulcoré. Mais le film est finalement une rencontre très réussie en terme d’univers, s’adressant autant aux enfants sans les infantiliser, qu’aux adultes sans les snober.

Ceux qui, comme moi, apprécient ou sont fans des deux univers, seront certainement ravis de cet hybride à la croisé de deux mondes experts en émotions, à la fois touchant visuellement et sentimentalement. D’autant plus quand on connait le passé commun Disney / Burton.

Un retro-scénario moderne

Wait… What ? Ne vous inquiétez pas, je m’explique.

“- Qu’est-ce qu’il vient de dire là? – Je ne suis pas bien sûr… – ça sent le pâté son histoire”

80 ans d’écart

Je vous en parlais plus haut, le scénario a été complètement remanié. Pour rappel, le premier Dumbo est sorti au cinéma en 1941, lui même adapté d’un livre de 1939. Dumbo a donc 80 ans cette année. On dira ce qu’on voudra, mais la société a quand même pas mal évolué en 80 ans.

Et c’est là que le remaniement de ce film prend tout son sens. En l’époque qui est la nôtre, beaucoup plus concernée par le bien être animal, le film s’adapte et porte un message bien plus fourni qu’une simple leçon de tolérance envers la différence. Sans pour autant se situer dans notre époque !

Car oui le film se déroule bien dans une période post guerre, mais avec un regard de 2019. Laissez moi vous expliquez les conséquences de ce choix à l’écran.

Le regard du temps

Bien que le film se passe toujours aux environs de la même époque, le regard du spectateur passe d’un regard contemporain à un regard d’homme du futur. Donc le spectateur d’aujourd’hui regarde désormais un film qui décrit un passé.

Sauf que… le regard du réalisateur a changé également, et celui-ci a apporté à son histoire, à ses personnages, un caractère beaucoup plus contemporain. Résultat nous regardons un film avec des personnages qui nous semblent avoir une mentalité bien moderne par rapport à leur époque.

Et apothéose du concept : pour des raisons que je ne spoilerai pas ici, le film connaît, lors de sa seconde partie, un revirement totalement inédit, qui va le propulser dans une modernité incroyable. Hors, dans cette grande modernité, le spectateur va y éprouver un grand sentiment de régression.

En marche pour la modernité !!!

Avec le recul, c’est un travail brillant que nous offrent ici les scénaristes : nous montrer que la modernité du monde n’apporte pas toujours la modernité des mentalités. Hors dans la société que nous connaissons en 2019, nous vivons pleinement cette envie de retrouver une société plus humaine, plus saine, plus proche d’autrui.

Et Dumbo dans tout ça?

Et notre personnage principal alors ? Difficile de vous en parler sans vous spoiler un peu par ci ou par là.

Une réussite visuelle bluffante

J’en parlais plus haut, les animaux en effet spéciaux des films de ces dernières années sont tout simplement bluffants. Et Dumbo s’inscrit haut la main dans la lignée dessinée par ses grand frères que sont L’Odysée de Pi ou le Livre de la Jungle. C’est bien simple, on en oublie qu’on a à faire à un animal qui n’existe pas. Que ce soit la texture de la peau, les mouvements et jusqu’aux poils du crâne, tout est parfait. Tous les animaux du film d’ailleurs sont à un niveau équivalent.

Un petit bémol malgré tout lors des scènes d’interaction avec les personnages. Comme toujours cela reste LE challenge qui semble insurmontable : comment faire se toucher un acteur réel et un personnage ajouté en post production ?

Un challenge techniquement compliqué, qui se retrouve finalement assez peu souvent dans le film mais suffisamment visible pour être noté.

Un éléphant particulièrement attachant

Là où les effets spéciaux viennent particulièrement participer à la magie du cinéma, c’est bien sur les réactions et la personnalité du personnage. Notre Dumbo va donc passer par une flopée d’émotions parfaitement retranscrites à l’écran. La scène qui me restera spécialement en tête sur ce sujet restera celle des éléphants en bulle de savon. Toujours pas de spoilers, mais attendez vous à être surpris.

L’éléphant volant est donc doué d’une sensibilité propre mais aussi d’une personnalité bien plus développée que dans le dessin animé. Il comprends ce qu’on lui dit, réagit, interagit, sans toutefois dépasser des limites infranchissables qui nuiraient à l’immersion. Le dosage est parfait, on y croit. Si je devais être pointilleux, je dirais qu’on retrouve peut être un peu trop de comportement canin dans cet éléphant, mais il faut avouer que le stratagème est particulièrement efficace en terme d’attachement à cet animal débordant de tendresse et de naïveté bienveillante.

En conclusion

Je me rends bien compte que je vous ai beaucoup parlé du film, mais finalement assez peu de l’histoire en elle même. Soyez certain que c’est ici un choix parfaitement volontaire. D’une part parce que nous connaissons tous l’histoire de Dumbo, l’éléphant volant. Mais aussi et surtout, parce que vous ne connaissez pas cette histoire de Dumbo, l’éléphant volant. Et même si vous allez en retrouver des éléments majeurs, vous serez forcément surpris par ce qui va vous être présenté. Et cette surprise, je me dois de vous la garder intacte.

Alors allez-y, laissez vous surprendre par ce que vous croyez connaitre. Ça vaut vraiment le coup.

Oserais-je vous dire qu’un remake de chef d’oeuvre peut à son tour en devenir un… ? Peut être !

 

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